Les bourbiers américains sont aussi les nôtres...

Marianne Ranke-Cormier

(MRC - Août 2009) - On se frotte les mains, on se congratule, on se réjouit, en Afghanistan les élections ne se sont pas si mal déroulées, l'Occident a sauvé la face, Sa face, même s'il préfère croire qu'il a sauvé la face de la démocratie... Mais quelle démocratie? Et qu'est-ce qu'on "fout" encore là-bas?

Après les attentats du 11 septembre (sous peu nous aurons à nouveau droit à tout un battage médiatique sur les attentats du 11 septembre, qui ont légitimé non seulement la guerre en Afghanistan, mais aussi l'invasion de l'Irak, les vols secrets de la CIA, les prisons secrètes en Europe, et Guantanamo), tout devait aller très vite: quelques bombes sur les fameuses cachettes des talibans et de Osama, que nous laissait découvrir une panoplie de photographies satellites, tout comme celles qui nous prouvaient bien l'existence des entrepôts d'armes de destruction massive de Saddam Hussein.

Quelques unes de nos bombes qui ont fait autant de morts innocents dans la société civile afghane que les victimes de l'attentat du 11 septembre, sans pour autant atteindre leur but: Osama ben Laden. La même tactique sera d'ailleurs employée pour l'Irak, le but était de viser Saddam Hussein, mais c'est tout le pays qui a été ravagé, avant et après son arrestation, sauf que, Ossama lui, n'était pas chef d'état, donc aucune raison d'envahir un pays, et selon les experts il n'était pas en Afghanistan (ni en Irak d'ailleurs), mais bien planqué au Pakistan.

En l'occurrence, l'Occident en état de choc, le consensus était général, il fallait frapper un bon coup, vite et fort, sans réflexion aucune, sans se poser la question de la légitimité d'attaquer un pays qui n'y était pour rien dans la folie meurtrière d'un homme. Fort, c'est fait! Vite?... Huit ans après nous y sommes encore, à nous demander d'ailleurs pourquoi? Si ce n'est que le pays est divisé, occupé en zones militaires étrangères (américaine, française, allemande, canadienne) dans le cadre desquelles nos soldats sont censés..., mais censés faire quoi d'ailleurs? Pourchasser un terroriste? Démanteler une organisation terroriste? Alors que derrière chaque visage afghan aujourd'hui se cache aussi un ennemi face à nous, envahisseurs pas vraiment bienvenus, illégitimes à venir nous poser là en défenseurs de la démocratie et de la société libre et bien pensante, puisque depuis huit ans nous mettons à feu et à sang leur pays, puisque nous n'avons empêché ni la main mise par des groupuscules, intégristes ou non, sur les économies locales, le développement du trafic de drogue et autres activités mafieuses, dont trafics d'armes notamment, ni la lente mais certaine descente aux enfers de la vie quotidienne du peuple, jamais les droits et les libertés n'ont été autant répudiés, tout est à reconstruire, tout est à refaire, et le pire reste certainement la situation des femmes et des enfants.

Non, les dernières élections n'ont fait que rendre la situation encore prie, et la crsie s'étend maintenant bien au delà de la terre afghane. Combien de temps faudra-t-il encore pour que l'Occident comprenne? Combien de morts de part et d'autre? Combien de nos soldats pour une guerre dont on ne veut pas dire le nom? combien d'armées de résistants, terroristes, qui se forgeront dans l'ombre, abreuvées de l'injustice aveugle que nous déployons.

Alors qu'attendons nous pour tirer un trait, pour rembarquer nos troupes et nos chars? Qu'attendons-nous pour comprendre qu'aujourd'hui s'engage notre responsabilité dans les conflits de demain! Reconstruire le pays après l'avoir détruit?
Béatement, stupidement, nous regardons ce peuple s'enfoncer encore davantage et nous pensons vouloir l'aider à se sortir de sa crise, sociale, économique, politique, démocratique, de son intégrisme religieux, au rythme des chenilles qui traversent ses déserts, et des tirs de mitraillette qui rompent les silences de ses nuits.
Avons-nous seulement conscience que nous sommes nous aussi des dictateurs? On n'impose pas la démocratie, elle est l'émanation d'un peuple, d'une société qui se la construit, se l'approprie, la travaille à son corps. Elle ne tombe pas du ciel, encore moins d'un bombardier, ni du porte-monnaie d'un mécène. Un peuple soumis à la dictature, fusse-t-elle démocratique, ne sera jamais redevable envers ses oppresseurs. L'histoire de la conquête du monde en est un livre ouvert.
Nous sommes tout simplement responsables, oui nous, aux côtés des américains, des anglais, nous sommes responsables, la France et l'Allemagne, l'Europe, et nous serions tout simplement passibles d'un procès et de sanctions par les organisations internationales pour avoir outrepasser nos droits et rester les bras ballants à attendre que le bourbier afghan nous ait définitivement ensevelis. Nous le sommes envers ces peuples du monde, nous le sommes envers nos citoyens de demain. ...
Une guerre que l'"Occident" est en train de perdre même militairement ! Aujourd'hui les drones, et demain?
MRC (août 2009)